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Vers un territoire sans carbone: l'étude CELL x UniLu rendue publique

Dernière mise à jour : 10 mars

Réaliser un territoire zéro carbone et résilient au Luxembourg, où l'empreinte carbone par habitant est la plus élevée d'Europe, est-ce encore possible ? Oui, mais le chantier est colossal, répondent les experts de l’équipe interdisciplinaire UniLu, créée spécialement dans le cadre du processus Luxembourg in Transition. Après un an et demi de travail intense, l’équipe de recherche dont CELL fait partie, vient de rendre son rapport intitulé « A Guide to Repairing a Broken Territory ». Unique en son genre, ce guide propose une nouvelle façon d’imaginer et d’organiser le territoire luxembourgeois en 2050, sans énergie fossile et dans le respect du vivant.


Rendering Foetz. © Aristavia – Marco Aristavia, Miguel Aristavia
Rendering Foetz. © Aristavia – Marco Aristavia, Miguel Aristavia

Depuis fin 2020, CELL est engagé au sein d'une équipe interdisciplinaire (que nous nommerons UniLu) composée de chercheurs, planificateurs et praticiens de l'Université du Luxembourg, du LIST, de l'IBLA et de l'OLM - qui travaillent ensemble dans le cadre de la consultation urbanistique-architecturale et paysagère « Luxembourg in Transition ». Le ministère luxembourgeois pour l’Aménagement du Territoire, avait lancé ce processus international pour amener une réflexion sur la question : comment organiser le territoire Luxembourg et Grande-Région autour d’objectifs zéro carbone et territoire résilient d’ici 2050. Le résultat de ce vaste processus vise à guider les politiques publiques en matière d'aménagement du territoire à l'horizon 2050, notamment dans le cadre des travaux de révision en cours du Plan Directeur d'Aménagement du Territoire (PDAT), et à initier des projets pilotes montrant la voie vers le zéro carbone et la résilience. Il est désormais évident que la tâche est colossale : pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, les gaz à effet de serre devront être réduits de 90 % au cours des 30 prochaines années sur un territoire dont l'empreinte carbone par habitant est la plus élevée d'Europe et qui, selon les climatologues, souffrira fortement de la crise climatique – et ce, de manière plus importante que des villes comme Rome ou Londres, par exemple.


Au cours de la 1ère phase du projet, les équipes ont réalisé des calculs et projections chiffrées à l’échelle de la Grande Région ; la 2ème phase consistait à réaliser des projections d’avnir d’un territoire décarboné et résilient ; enfin, en phase 3, l’équipe a travaillé sur le cas spécifique de la zone commerciale de Foetz pour imaginer quel serait le visage d’une telle zone si l’on pouvait la transformer en territoire résilient d’ici 2049.


Chaque jour, un terrain de football supplémentaire...


L’équipe a mené ses recherches autour de 3 axes fondamentaux: 1) la sobriété, qui implique de ne pas fonder la transition uniquement sur le progrès technologique, mais sur la culture et l'économie d'un « less is more » ; 2) l'équité spatiale dans un territoire relativement prospère, mais aujourd'hui marqué par des inégalités sociales et spatiales ; et 3) la régénération, qui implique la transformation exclusive, cohérente et stratégique de ce qui est présent sur le territoire (un principe d’ailleurs important en permaculture).


A cet égard, un consensus s'est dégagé sur la façon de traiter les terres. Toutes les équipes lancent un appel sans précédent d'initier le principe du « no land take » (aucune prise de terre) avec effet immédiat, alors qu’il est envisagé par l'Union européenne seulement à l’horizon 2050. En effet, chaque jour au Luxembourg, une surface équivalente à un terrain de football est scellée ! En même temps, notre société ne peut plus se permettre de perdre des terres vivantes. Chaque mètre carré de terre naturelle agit comme un puits de carbone, par conséquent, chaque espace ouvert dans les villes et les villages doit être préservé, ou bien devenir un espace vivant et utilisé activement, comme par exemple un jardin potager, un parc, une forêt ubaine, des haies, des installations sportives, etc. Et les quatre équipes affirment que c’est possible dès maintenant !


Pour aborder l’épineuse question de la localisation des logements abordables nécessaires dans l’espace territoria, ainsi que les infrastructures sociales connexes, notre équipe UniLu s’est focalisée sur la transformation des espaces de l'ère fossile, tels que les garages, les parkings, les centres commerciaux, les parcs industriels, les zones commerciales, les autoroutes urbaines, les routes artères, et même des bâtiments tout à fait banals qui pourraient faire l’objet d’un agrandissment de surface par sur-élévation plutôt qu’à travers des extensions qui ne font qu’augmenter l’emprise au sol des constructions. Notre pari dans ce programme, était de prouver que nous avons suffisamment de terrains et d'espaces imperméabilisés disponibles pour accueillir 1 million d’habitants en 2050 (selon les chiffres du Statec), sous condition de développer concrètement les trois critères sobriété, équité et régénération cités précédemment.

Extrait du rapport "A Guide on Repairing Commercial Zones" © Commune de Schifflange
Extrait du rapport "A Guide on Repairing Commercial Zones" © Commune de Schifflange

Le visage résilient de la zone commerciale de Foetz


Dans la 3ème et dernière phase du processus, notre équipe a choisi spécifiquement la zone commerciale de Foetz pour imaginer comment une telle zone pourrait relever le défi posé sur les 20 à 30 ans à venir. Nous avons choisi Foetz comme zone de démonstration, parce qu'elle est virtuellement la « mère » de toutes les zones commerciales du Luxembourg. Créée dans le contexte de la construction de l'autoroute A4 dans les années 1970, elle couvre, avec plus de 100 entreprises présentes, une superficie plus grande que le centre historique du Luxembourg. Foetz est une île de consommation non durable, accessible uniquement en voiture, entourée d'un paysage en partie contaminé par des polluants toxiques et même dangereux, paysage en partie improductif puisque la zone commerciale n'entretient aucune relation avec lui. L'objectif est maintenant de le transformer en un îlot urbain décarboné et résilient, connecté de manière durable aux autres îles urbaines et en lien avec le paysage qui l'entoure.


L’équipe UniLu a développé un guide de transformation pour ce type de zones commerciales : comment faire passer ces zones en mode sans voiture ? Comment utiliser l’espace disponible de façon productive et avec quels acteurs ? Et comment re-naturaliser ces espaces ? Pour chaque question, la partie « manuel générique » pour toutes les zones commerciales est suivi d'une démonstration de la manière dont ces stratégies peuvent être appliquées dans l’exemple de la zone commerciale de Foetz.

Dans la dernière partie du rapport, nous décrivons comment la transition d'un endroit peut être abordée et acceptée par les citoyens si nous convenons qu'un tel site ne doit plus être développé par une planification classique « top down » (du haut vers le bas). Mais comment un lieu peut-il être transformé par des acteurs qui ne sont pas encore sur place ?


Un Transition Lab pour imaginer la ville du futur


Pour répondre à cette question dans le contexte de Foetz, CELL a élargi sa compréhension du terme «réparation», car il s’agit d’explorer le terme au sens 1er du terme, mais aussi de réparer (ou mieux de régénérer) une zone sinistrée comme celle de Foetz. Imaginons que, dans les années à venir, Foetz accueille un centre de référence sur l’approche « RE » : réparer, réutiliser, recycler, remanufacturer, remettre à neuf, réaffecter, re-partager. Notre équipe a interrogé un certain nombre d’acteurs de la société civile, du secteur public, du secteur privé et de la recherche et de l'éducation. Une grande majorité a exprimé une position claire en faveur du développement d'un REPAIR HUB comme centre multifonctionnel et multi-acteurs basé sur une approche holistique – et avec une portée Grande Région. Dans cette vision participeront le secteur public (l'État et les municipalités) pour fournir un soutien juridique et financier, la formation (écoles professionnelles et chercheurs) pour renforcer les capacités et étudier d'autres concepts, les entreprises (de la start-up innovante à l'industrie de taille moyenne) et les acteurs du secteur associatif (l’économie solidaire, la transition citoyenne et le mouvement des makers, repair cafés et FabLabs). Ces derniers sont très présents dans le réseau de la transition citoyenne autour de CELL, dont les Repair Cafés, le projet Facilitec à Esch, le Colab de Wiltz, l’Äerdscheff à Redange etc.


Nous avons aussi interrogé les acteurs de la filière bois pour explorer l’intérêt de créer un WOOD HUB – un centre d’excellence qui rassemblerait les différentes étapes de la chaine de production. Nous avons aussi vu des entreprises, les communes de Mondercange et de Schifflange, des Ministères et Administrations… mais pour chaque acteur il était difficile d’imaginer que dans une telle zone commerciale on se mette à implanter de l’habitat, créer des centres citoyens et mélanger différents types de fonctionnalités économiques.


Foetz sur le divan


Imaginer la ville de demain, à co-construire avec les habitants, quand il n’en a pas, était un vrai défi. Nous avons fait appel à l’Agence nationale de psychanalyse urbaine basée en France pour mettre le territoire sur le divan, à détecter les névroses urbaines et à proposer des solutions thérapeutiques adaptées. Nous avons conduit des "opérations divan" dans des centres commerciaux qui sont les seuls espaces publics existants à Foetz. En réfléchissant à Foetz 2049 durant l’opération divan, on nous a beaucoup dit que la zone commerciale serait née du mariage de la voiture avec le commerce. Afin d’engager une réflexion dynamique avec les citoyens nous avons aussi développé le domaine du jeu parce qu’il permet aux gens d’accéder au sujet de la décarbonation. Le jeu de table « Carbonopolis » développé par des chercheurs de l'Université du Luxembourg.


Enfin une partie essentielle de nos travaux est qu’il faut davantage développer des laboratoires de la transition à travers les territoires. La création d’un Transition Lab – un laboratoire de transition locale rassemble une communauté collaborative, et fait office d’un incubateur de projets de transition. Au début, avant l’arrivée des premiers habitants, il peut s’agir d’un coworking avec makers space abrité dans une structure temporaire. Avec l’arrivée du tram et des premiers logements, ce centre citoyen va évoluer, puis occuper des espaces post-industriels ou commerciaux vacants, pour finalement devenir un centre de village pour toutes les personnes impliquées dans le développement du nouveau Foetz. Avec l’évolution de la logistique au sein de l’incubateur multi-métiers et entrepreneurial, s’accordent aussi celle d’une gouvernance partagée, et de la création de modèles économiques qui correspondent à l’ADN des projets émergents (asbl, coopératives, etc.). A titre d’exemple a servi le projet FACILITEC développé par Transition Minett, qui est un centre citoyen autour de l’économie circulaire que le mouvement de la Transition a ouvert à Esch il y a deux ans. Nous avons retracé les étapes qui pourraient inspirer le développement du Transition Lab à Foetz. Ce Transition Lab dépendra d’un réseau apprenant et sera en lien avec d’autres laboratoires de la transition dans la région.


Pour conclure sur l’après Luxembourg in Transition : même avec des méthodes innovantes de co-planification et de participation, une chose est très claire pour le développement futur : sans volonté politique, des développements « disruptifs » comme celui que nous proposons, ou d'autres qui seront nécessaires pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, ne seront pas possibles. Puisque tout changement de fonds a besoin de (cre-)espaces dans lesquels des alternatives peuvent s'épanouir, il est essentiel pour CELL et le mouvement citoyen de la Transition de continuer à présenter et explorer des pratiques alternatives post-fossiles en texte et en image, en montrant que « moins » signifie en fin de compte « plus » pour l'homme et l'environnement ainsi qu’une meilleure qualité de de vie : plus de temps et de créativité, plus de santé et plus de biodiversité !



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Tous les rapports publiés dans le cadre de l'étude sont disponibles sous ce lien :

www.luxembougintransition.lu (section "A Guide to Repairing a Broken Territory")


Lien vers la vidéo "A Guide to Repairing a Broken Territory":

https://vimeo.com/560104576?width=640&height=480



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